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 [Yaoi] We are mistaken. [Nevaeh]

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MessageSujet: [Yaoi] We are mistaken. [Nevaeh]   Ven 6 Mai - 20:36

Because heaven sends and heaven takes
Crashing cars in his brain
Keep him tied up to a dream.


    Il y avait eu un gémissement rauque alors que les mains de l’homme se plaquaient dans les cheveux violacés ébouriffés. Les lèvres du junkie semblaient être partout, dans son cou, sur son ventre, sur sa bouche, occupées à sucer sa langue avec avidité. Il avait glissé ses longs doigts sur la nuque de son collègue et, juché sur une des tables de la salle des profs, les cuisses écartées, il l’avait poussé tout doucement vers le sol, le regardant avec un frisson d’excitation déboutonner son pantalon et baisser son caleçon avant de coller ses lèvres contre son entrejambe. C’était bon, évidemment. C’était même foutrement excitant de voir l’homme si maître de lui en temps habituel, agenouillé entre ses cuisses, suçant son pénis comme si sa vie en dépendait. Kitten bandait, de toute façon, réflexe physique élémentaire. Ce n’était pas le meilleur coup de sa vie, pas même le plus doux ou même le plus fébrile, c’était juste un mec comme un autre qui le suçait sur son lieux de travail pour lui faire oublier ; il se moquait de lui éperdument. Quelques secondes à peine, il l’imagina différemment. Les cheveux ternes devinrent rouges et ce pourpre sembla dégouliner jusqu’à ses lèvres, les rendant plus colorées, plus charnues. C’est à ce moment-là, qu’il poussa un gémissement, agrippé aux cheveux noirs, courbé sur lui, la voix enrouée de plaisir. Nevaeh Skyless était une emmerdeuse, ne put-il s’empêcher de penser alors qu’il éjaculait au fond de la gorge du professeur de maths, le regard brumeux, un sourire au coin des lèvres. Nevaeh Skyless était même une putain d’emmerdeuse. Une putain de catin qui foutait la merde partout, une putain de pétasse qui collait ses doigts sur vous pour mieux vous rendre accro. Neaveh Skyless était une putain de connasse et Christopher ne pouvait plus s’empêcher de penser à lui. Ca le rendait malade, ça égratignait sa fierté, ça lui tordait l’estomac. Mais c’était comme ça, foncièrement et indubitablement ; il n’y pouvait plus rien.

    « Christopher ? Magne-toi, j’en peux plus. »
    « Hm, hm… »


    Chacun son tour et rebelote, c’était Kitten à genoux, dos à la porte, entre les cuisses de l’homme. Un mec de plus, un lieu de plus, il s’en foutait pas mal. Ce n’était pas Nevaeh. Il avait claqué de la langue quand l’autre avait baissé son pantalon et avait manqué de rire de ce qu’il avait découvert. Il ne s’attendait pas spécialement à ce qu’il puisse concurrencer n’importe lequel de ses précédents amants mais voir à quel point il était ridicule acheva de faire sourire Kitten vicieusement. Il comprenait mieux pourquoi le professeur avait cédé aussi vite, sans doute lassé de ne pouvoir satisfaire sa femme qui ne prenait probablement même plus la peine de tenter de le séduire. Quelle honte. Un rire remonta dans sa gorge alors qu’il dédaignait de le sucer, punition tardive pour l’emploi d’un prénom qu’il détestait presque autant que les gens qui l’employaient, autrefois. Ce furent ses doigts qui serpentèrent contre le bas-ventre, qui saisirent, qui aguichèrent. Ce n’était pas bien dur et n’importe qui aurait pu sans aucun doute faire jouir ce gros porc qui gémissait entre ses doigts. Quelle honte. L’homme le dégoutait, trop gras, luisant, odorant. Il le haïssait, pas assez beau, pas assez doué, pas assez vindicatif. Ce n’était qu’une pâle copie, de pâle copie, de pâle copie, la représentation approximative de ce à quoi l’homme devait ressembler : un être frustré mais responsable, un être insatisfait mais plein d’une dignité contrefaite, un être mensonger mais plein de sermons. Insupportable. Il le fit jouir sans trop y penser, il le força à lécher ses doigts, à le nettoyer des souillures qu’il lui avait infligé. Et il le congédia. Il suffit d’un regard, d’un geste froid de la main vers la porte pour que l’homme ne pâlisse et disparaisse, ombre de plus au tableau d’un quotidien d’une routinier et morbide.

    Kitten soupira, se rasseyant sur son bureau, torse nu et sans pantalon, lascif et désirable, épuisé. Journée de merde, partenaire de merde ; sa seule satisfaction résidait dans la pensée que, dans quelques mois, dans quelques années, l’homme se réveillerait un jour avec cette brûlure noire dans le corps. Il devrait expliquer ça à sa femme, il devrait se justifier, il devrait dire, il devrait avouer qu’il a sucé un homme, qu’il a tout avalé. Un rire parcourut Kitten alors qu’il s’étirait. Ce n’était pas si merdique que ça. Le pauvre homme allait se faire jeter, le pauvre type allait souffrir mille morts avant de mourir, évidemment, fatidiquement. Lui ne serait déjà plus là. Un sourire ombra ses lèvres alors qu’il parcourait du regard la salle des profs apparemment vide. S’il y avait quelqu’un, tout du moins s’était-il bien gardé de les interrompre, ce qui n’était pas plus mal. Ce n’était pas comme si Kitten aurait détesté être coupé avant la fin mais il détestait ne pas aller jusqu’au bout de ce qu’il entreprenait – et faire jouir un gros porc n’échappait pas à la règle, malheureusement. D’autant plus qu’il était doué. Doué de ses mains, doué de sa bouche, doué de son cul. Sérieusement, Christopher faisait une pute parfaite. Dominé mais active, pas causante, pas chiante. Il n’aimait juste pas qu’on le force et ce qui s’y était frotté avait fini encastré dans un mur.

    Tous, sauf un. Kitten eut une montée d’amertume en repensant à Nevaeh. Ce foutu bâtard c’était bien moqué de lui. La prochaine fois, ce serait son tour, ni plus ni moins, et il s’en délectait d’y songer, cherchant du bout des doigts son briquet dans la poche de son jean. Il fit rouler la molette, libérant le gaz, faisant flamber l’air ; la cigarette se consuma entre ses lèvres et il regarda quelques secondes les volutes de fumée qui s’espaçait dans l’air, s’amusant, un sourire enfantin sur les lèvres, à faire des ronds de fumée. C’était tout un art, les ronds de fumée, et Kitten avait appris dans ses moments d’ennui à les former. C’était un passe-temps comme un autre et Christopher n’avait pas franchement eu beaucoup d’autres loisirs ses dernières années. Outre le cul, le théâtre et le dessin, cela va sans dire. Il y eut un bruit. La tête de Kitten passa au-dessus du mur de son box, fouillant la salle du regard, pas inquiet, pas alerté, amusé, tout au plus, à moitié à poil, les yeux mi-clos.

    « Who’s there ? », claironna-t-il en regardant le plafond, laissant tomber des cendres sur le tas de copie qui reposait dans le box voisin. « Coul’ I help ya ? »

    Il en doutait au fond et c’était bien normal : Christopher Faust Marlowe n’aidait personne, pas même lui, et ce n’était pas aujourd’hui que ça allait changer. Le regard absent, il souffla une épaisse fumée grise, un sourire cynique aux lèvres. Tout allait bien.



Dernière édition par Kitten F. Marlowe le Mar 24 Mai - 22:05, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Yaoi] We are mistaken. [Nevaeh]   Mar 24 Mai - 21:55

Personne ne peut remplir mon ego
Personne ne peut me violer
Personne ne peut imiter mon style.

    C’était un jour banal, pour Nevaeh Ezekiel Skyless. Le ciel était bleu, les oiseaux chantaient un peu trop fort, et il avait eu un morceau de choix la veille au soir – un jeune garçon plein de vie qui squattait les bars gays pour se « donner un genre ». Au moins il avait été servi. La journée avait si bien commencé que Nevaeh s’était ramené au lycée bien trop tôt par rapport à l’heure de son cours. Beaucoup, beaucoup trop tôt. De ce fait il avait décidé de préparer un devoir surprise pour ses élèves adorés ! Eh oui, être professeur demandait beaucoup de boulot, et surtout dans la préparation des examens. Mais l’anglais, un peu sadique, prenait un malin plaisir à leur amener un devoir chaque semaine, presque. Cela l’excitait de les voir soupirer, démoralisés, pris au dépourvu. Alors, il chantonnait paisiblement en écrivant des tas de sujets plus variés les uns que les autres, à faire valider éventuellement par la suite. Il était seul dans la salle des professeurs. Peu de professeurs restaient au lycée quand ils n’étaient pas en cours, sauf, éventuellement, pour aller à la machine à café. Quelle triste affaire, sachant qu’ils avaient chacun leur bureau individuel, c’était pourtant génial !

    Après avoir gratté plusieurs feuilles d’énoncé différentes, il fit une pause en tentant de faire quelque chose du paquet de cartes qu’il avait trouvé sur le bureau d’un de ses collègues absents. L’homme aux cheveux rouges avait visiblement décidé de faire un joli château de cartes sans colle. Il était bien concentré, lorsqu’il entendit la porte s’ouvrir. Oh, lui n’était pas visible de là-bas. Son bureau était face à la porte, et donc la séparation entre celui-ci et le bureau d’en face le cachait, d’autant plus qu’il se baissait pour se concentrer. Nev’ s’apprêtait à se redresser quand il entendit les accents qu’avaient les deux voix. Tiens, tiens… Intéressant. Deux voix d’homme dont une qu’il connaissait très bien, pour l’avoir fait gémir dans un club sado-maso. Il se mit à sourire, mais s’efforça de rester silencieux ; il voulait entendre. Et d’après ce qu’il entendait, justement, ce ne devait pas être très joli à voir. Dirty Kitty, dirty ! Il se sentirait presque offensé qu’il fasse ça avec un type dans la salle des profs alors que lui avait dû lui courir après pendant des mois et des mois. Il attendit en roulant les yeux. Ses gémissements, à lui, étaient mille fois plus sexys que ce que poussait l’autre homme. Il était sûr de la voix de Kitten, et elle irait bien mieux avec la sienne, lui, le métis magnifique qu’il était, voyons !

    Une fois que ce fut terminé – et qu’accessoirement il entendit la porte claquer, il se doutait bien aux légers bruits que l’homme restant faisait ainsi qu’à l’absence du froissement des vêtements qu’on enfile que Kitten était resté dans la pièce. L’autre homme, quel qu’il soit, aurait probablement pris la poudre d’escampette, ou alors dans tous les cas, le punk l’y aurait « gentiment » invité. Il poussa un long soupir. Il avait oublié son début de château de cartes. Qui s’effondra lamentablement sur son bureau, dans un bruit vaporeux. Et là il eut la certitude qu’on l’entendit, car il parla. Le yankee parla. Il jura entre ses dents, mais uniquement parce que son château s’était cassé la gueule, qu’on se le dise. Nevaeh se redressa en s’accoudant sur le bureau :

    « Oh, crap, you heard meeeee. Too bad, I’m discovered ! »

    Il décida finalement de se relever totalement, un sourire ornant ses lèvres, plus rayonnant que jamais dans son kimono pourpre. Il se mit à ricaner en voyant Kitten presque totalement à poil.

    « Eh, c’est carrément de la provocation, à ce stade. Surveille tes arrières. » Il se glissa hors de son box et avança vers lui : « D’après la voix du mec que tu t’es fait, il ne devait plus être tout jeune. Tu ne sais donc séduire que ça ? Comme c’est triste… »

    Nevaeh glissa sa main dans ses cheveux rouges afin de les écarter de son visage trop parfait. Il se comportait comme si rien d’autre que leur petite sauterie n’avait eu lieu. Il se comportait comme si Kitten n’avait jamais voulu le planter. Et il dévorait des yeux le frêle yankee en face de lui. Tout portait à croire qu’il avait maigri par rapport à leur dernière rencontre empoisonnée. Il pourrait presque voir la lumière transpercer entre ses côtes. Et si l’éthique ne le lui interdisait pas, il planterait volontiers un pic à brochette entre chacune de ses côtes pour voir s’il y a bien de la chair sous cette peau blanche. Tout sourire, l’anglais lui vola d’une main sa cigarette en collant l’autre sur son torse.

    « Alors, c’était bon, il suçait bien au moins ? Ah, c’est vrai que je ne t’ai pas fait cet honneur, mais sache que je suis au moins aussi bon que quand je baise, quand je fais ça ! »

    Chaque jour, on pourrait dire que Nevaeh renaissait. Il oubliait presque ce qu’il s’était passé la veille. On prend un autre jour et on recommence. Une logique nevaesque à toute épreuve. Se mordillant la lèvre, Nev’ planta son regard dans celui de l’autre, alors que sa main glissait contre sa peau, trop fine, trop pleine de cicatrices, légèrement, mais bien sûre de ce qu’elle faisait. Il préférait bien cette sensation à celle qu’il avait eue en caressant le corps trop vierge du jeune garçon la veille.

    « Comme la cohabitation dans ce lycée va être compliquée pour toi, mon petit Kitty… Je trouve ça terriblement drôle de te voir – t’entendre – forniquer, mais toi, pourras-tu supporter de me voir avec quelqu’un d’autre, maintenant que tu as goûté à tout mon savoir faire ? »

    Ce n’était là que pure provocation. Si Nev’ pouvait à nouveau se jeter sur cet américain, il le ferait aussi sec. Mais sachez, mesdames, messieurs, qu’il avait une réputation à tenir.
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MessageSujet: Re: [Yaoi] We are mistaken. [Nevaeh]   Mar 27 Sep - 20:57

You're living but you've got no soul
You captivate but you hold no weight at all
So watch as I start to smile.


    Il avait la tête renversée en arrière lorsqu’un mouvement se dessina en courbes floues au fond de la salle. Il avait la tête renversée en arrière lorsque la voix du métis se répercuta aux quatre coins de la pièce vide. Il avait la tête en arrière lorsqu’il progressa comme on glisse sur le sol, vampire aux mœurs volages, avide de sexe plus que de sang. Ce n’était pas vraiment une hérésie et on ne le renommerait pas Edward — même si, Kitten en était persuadé, il devait briller au soleil. À la place, on admirerait peut-être son roulement de hanche de catin, les mots acides, les mots amers qu’il distillait comme un poison sur les tympans. Peut-être. Christopher n’avait pas redressé la tête, Christopher n’avait pas fermé les yeux. Il l’avait contemplé prendre forme sur sa rétine, sa cigarette coincé entre les lèvres, son sourire en lame de rasoir sur le visage. Il suivit du regard la courbe d’une épaule, devina sous les tissus les angles et les morsures de ses os. Il haussa une épaule. C’était un nouveau lancer de dés, un nouveau plateau, de nouvelles règles à dicter. C’était la conviction de s’haïr et de se détester pour mieux continuer. Il ne fallut qu’une faible impulsion pour que sa carcasse se redresse, qu’une faible étincelle pour qu’elle ne s’anime. Ses côtes voisinaient sa peau, son cœur, presque à nu, faisait frémir son torse. On n’était plus tout à fait peut-être un homme, peut-être pas tout à fait encore un cadavre. On était lui. Une fois, deux fois, trois fois. On disait que les chats avaient neuf vies ; Kitten en avait déjà bousillées dix.

    On aurait pu lui conférer la grâce d’une ballerine, lorsque ses pieds effleurèrent le sol alors qu’il se dirigeait vers lui. Funambule en équilibre sur le fil du rasoir, faible souffle du vent qui aurait pu le perturber : Kitten était de ses écorchés vifs qu’on aurait pu penser manipuler. Marionnette sans fil, déboussolée tant qu’on ne peut s’y fier, danseuse en tutu d’os et de chair, nue comme au premier jour sous ses oripeaux trop maigres. Il avait passé ses bras autour du cou de Nevaeh, avait soufflé contre sa bouche la fumée noire de la cigarette alors que les bracelets colorés autour de son poignet s’entrechoquaient sans un bruit. La scène aurait pu paraître belle, si on ne les connaissait pas : la Belle et la Bête, l’amour malgré tout, le bel, le grand, le fumeux amour que vendait Disney à nos enfants, celui-là même qu’on croyait vivre et qui n’était rien du tout. Celui qui s’évaporait entre les doigts. Le sourire de Christopher était cruel lorsque ses lèvres se posèrent sur la joue pâle de Nevaeh. Non, ils n’étaient pas la Belle et la Bête. Non, ils ne méritaient pas le bonheur. Non, ce ne serait — ce n’était — pas de l’amour. Oui. Tout cela n’était que du rien. Que du vide. Le néant.

    C’est ce qui rendait tout ça si bon.

    « ‘llo dea’. It’s been a lon’ time, hasn’t it ? », murmura-t-il avec un petit rire en relevant le menton, se détachant de lui en une enjambée, décollant ses os des siens, désassemblant sans remords ce puzzle humain qu’ils construisaient à deux. « Soit dit en passant, les vieux, c’est pas vraiment mon truc. Mais c’est mieux d’avoir des contacts avec les autres enseignants, tu vois ? »

    Il aurait pu lui dire « Baisons », lui dire « Viens, là, maintenant, sur cette table. » Il aurait pu tenter le tout pour le tout, jeter les cartes sur la table, faire tapis, rafler la mise, se soumettre pour mieux reprendre, mordre la main de celui qui croit vous nourrir. Ça n’avait jamais été un problème, ça n’en serait jamais un. La reconnaissance n’avait jamais été de ces concepts qui l’étouffaient, il lui préférait la traitrise : ça rapportait plus. Il écrasa sa cigarette d’un geste ample, enroula autour de ses épaules le pull rouge délavé qui trainait sur le dossier de sa chaise. Lorsque ses poignets s’entrechoquèrent maladroitement alors qu’il croisait les bras, il peina à retenir une grimace de douleur. C’était de pire en pire, la douleur. Ça anesthésiait doucement le cerveau pour le réveiller en hurlement de brulure, tempête de cauchemars, valses de bleus, plaies et ecchymoses. C’était de pire en pire, la douleur : il en oubliait presque qu’il était condamné.

    On ne souffre pas pour rien, lui murmurait souvent Lyle en embrassant son front lorsqu’il le pénétrait si brutalement qu’il ne pouvait plus que pleurer. On souffre, reprenait-il ensuite, parce qu’il y a forcément une issue quelque part, parce que quoi qu’on fasse, on avance vers elle, inexorablement. La douleur n’est pas éternelle. Peut-être, ricanait maintenant Christopher, alors que son corps vacillait tous les jours sur un fil tendu entre ici et nulle part. Peut-être. Mais Lyle avait oublié la mort dans son équation. Pour Kitten, c’était la seule issue envisageable. Ne restait qu’à en rire.

    Il ne lui fallut qu’un battement de cil pour se reprendre, une seconde de rien, une second de tout. Le sourire narquois refit son retour sur son visage, panneau publicitaire d’une ironie mordante, tract moqueur d’une compagnie de d’humour noir.

    « Et toi alors, Skyless, combien de queue tu as sucé ? À moins que tu comptes en trou du cul, ça doit marcher aussi. » Haussement de sourcil, battement de cils amusé. « Dans tous les cas, plutôt que d’être prof, tu devrais prendre des parts dans une compagnie de préservatif, tu ferais tourner l’économie à toi tout seul. Et puis ça me ferait de l’air. »

    Et pas qu’un peu. La présence de Nevaeh le ravissait autant qu’elle lui pesait, obscurcissant ses nuits de considérations qui n’avaient rien d’intéressant, perturbant ses songes de basses veuleries dont il n’avait aucun besoin. Christopher ne voulait pas de lui, Christopher le désirait ardemment. Chassé croisé de désirs contradictoire, l’ébauche d’un pas, un bras qui passe autour d’épaules délicates alors que le presque cadavre se presse contre son frère humain, encore une fois, encore un peu, aussi sournois que narquois, le vice au bout des doigts. Ce n’est pas que Kitten l’entretienne, son vice, c’est qu’il l’a dans la peau, jusqu’au creux des os. Christopher puait le vice. Christopher vivait le vice. Christopher était le vice. Il y eut l’ombre d’un sourire sur ses lèvres blanches, l’ébauche d’un air complice au creux de ses pupilles trop claires.

    « Tu sais quoi, Nevaeh ? Venant de toi je pourrais supporter n’importe quoi. Moi, je m’en fous. »

    Ambiguités et double sens, présages malsains au creux de la gorge. Il avait ri en se détachant de lui.

    À trop jouer avec le feu, il allait s’y brûler. Et ça ne saurait tarder.

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MessageSujet: Re: [Yaoi] We are mistaken. [Nevaeh]   Lun 10 Oct - 23:42

Blood and sweat mixed together...
Once the clothes come off
There's no return to reality


    Ah, comme c'était bon de voir l'attention inégalable que pouvait lui porter Kit ! Volontairement, un peu trop expressément, Nevaeh huma la chevelure – du moins, ce qu'il en restait – de l'autre alors qu'il se collait à lui. Un peu d'affection dans ce monde de brutes, que diable (et quel comble d'oser penser ça alors que cet américain l'avait abîmé lui et avait abîmé son kimono quelques temps auparavant) ! Un sourire se dessina de nouveau sur son visage avant que ses mains ne viennent enserrer brièvement la taille squelettique de Kitten. Quelles excuses potables pouvait-il lui servir, d'ailleurs ? Comme si l'américain avait besoin de contacts ! C'était purement et simplement de la mauvaise foi, car il ne trouvait personne de satisfaisant pour l'heure. Nev' était du moins persuadé que sa seule personne était satisfaisante, et ce même pour quelqu'un qui cherchait des « contacts ».

    Il faillit pousser un soupir de déception lorsque l'autre se détacha de lui. Nevaeh aimait tellement la chaleur corporelle, l'aspect charnel de la vie, qu'il pourrait presque mourir de froid quand il n'avait personne contre lui (n'importe quoi) ! Cela dit il pouffa en le voyant mettre son pull sur ses épaules plutôt que sur son dos décharné. Il avait déjà oublié ce à quoi ressemblait le pull qu'il lui avait acheté, donc impossible de savoir si c'était celui-là – et si c'était le cas, bordel, que faisait Kit avec ses vêtements pour qu'il se soit retrouvé délavé ainsi ?! Nev' fit un geste de la tête pour virer une mèche de cheveux qui le gênait.

    « Et alors notre vieux Kittou aime les jeunes hommes frais et à la peau encore toute tendue ? Tes élèves sont pas trop traumatisés de ce fait ? Je les plains, ils ont dû en sortir bien amochés... s'ils s'en sont sortis ! »

    Il se glissa à sa droite, haussant un sourcil, ses iris bleus pétillants. Il se pencha légèrement pour lui mordiller sa joue toute creuse, laissant sa douce haleine se déposer sur sa peau. Alors oui, évidemment, vous pouvez vous en douter, l'anglais faisait exprès d'être très proche du yankee afin de l'agacer. Si sa présence l'ennuyait tant, alors il était temps de lui faire comprendre qu'il devrait faire avec désormais. Quel dommage, mais c'était ça de lâcher prise après des mois de refus ! Et Nev' savait pertinemment que Kit ne pouvait le supporter.

    « Mieux que l'industrie du préservatif, mon cher, je devrais donner dans l'industrie du sexe et de la libido. Admets-le que tu rachèterais chez moi, tu étais bien rassasié, hm ? » L'homme colla ses doigts sur sa propre joue, d'un air presque agréablement nostalgique. « Ah, comme tes gémissements étaient agréables à entendre, cela devait faire longtemps que tu ne t'étais pas éclaté, mon petit chaton coincé ♥ »

    Provocation à peine sous-entendue, vieille tchatche à deux balles, voilà ce que méritait Kitten. Force était de constater que Nevaeh ne donnait pas le dixième de ses capacités ; il s'était déjà bien suffisamment essoufflé à Tôkyô ainsi qu'à Nagoya lors de leurs belles retrouvailles, et encore le travail était déjà bien entamé. Séduire un américain n'était pas de tout repos il fallait l'admettre. Mais mettre autant de temps à courir après lui était amusant en fin de compte. Un cercle vicieux à s'en mordre la queue, certes, mais pas moins trippant. C'était comme un chemin pavé d'imprévus tous nommés Kitty, et pour le coup notre anglais n'était pas sous L.S.D pour voir ça de cette manière. Et même avec tout cela, l'homme aux cheveux rouges n'en restait pas moins un homme d'actions. Irréfléchies, bêtes parfois, et impulsives, surtout. Ça plaisait ou non, mais lui adorait ça. Et ce fut après avoir émis un « ohhh » de satisfaisante surprise qu'il pressa le corps de l'autre contre le sien avec force et volonté, souriant d'un air de pauvre type ténébreux imprévisible.

    « Je savais que tu aimais jouer avec le feu, mais de là à me lancer ce genre de signal, j'en suis tout bouleversé, nous pourrons nous réunir charnellement jusqu'à la fin de nos jours ! » Ses doigts glissèrent avec envie le long de son torse criblé de bleus. Nev' se mordilla la lèvre, pensant à peine au fait que lui aussi avait sa petite collection depuis qu'une ancienne conquête jalouse l'avait frappé par surprise alors qu'il fricotait avec quelqu'un d'autre. « C'est un appel au viol, mon chou, de dire que tu pourrais tout supporter. Un appel à quelque chose de trop violent et brutal pour tes vieux os fragiles... » Il saisit son menton entre son pouce et son index, et le regarda profondément, avant d'esquisser un sourire qu'il ne put malheureusement réprimer. « Cependant je ne te sucerai pas dans l'immédiat, car tu vois, mon chou, j'aurais peur que nous sombrions dans la routine. Ce serait dommage, car toi et moi c'est à la vie... »

    Il colla ses lèvres contre les siennes fougueusement. Il savait qu'il pourrait se prendre un coup à être si insupportable. Mais si on ne prend pas de risque dans la vie, elle en devient moins amusante. Car eux deux, c'était à la vie et... Nevaeh virait ce pull qui n'avait rien à faire là, perché sur les épaules de l'autre, il se délectait de glisser ses doigts sur ses hanches et en dessous. A l'autre de voir combien de temps il tiendrait avec sa fierté arriviste, qui frappait à la porte alors qu'elle n'était pas invitée. Lui, Kitten, et son appétit charnel, c'était à la vie...

    A la mort.
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MessageSujet: Re: [Yaoi] We are mistaken. [Nevaeh]   Lun 17 Oct - 0:18

As long as you're inside my blue veins.


    Il avait à peine frémi alors que les lèvres de Nevaeh se ruait vers les siennes. Il avait à peine réagi, avait à peine répondu, avait à peine tressailli. Il n’avait pas bougé. Il l’avait laissé faire. Du bout des lèvres, Kitten avait signé sa peine. Ça voulait déjà trop dire, ce manque de réaction, vérité par omission, mensonge qui s’effiloche. Ça voulait déjà trop dire, les lèvres qui s’attardent et les mains qui luttent pour ne pas se refermer sur les épaules, pour ne pas se pendre à la nuque, pour ne pas se coller contre sa peau. Ça voulait déjà trop dire. Il s’était écarté de lui, à regrets, à remords, se mordant les lèvres de le repousser, espérant pouvoir un peu plus s’éloigner. Le dos collé contre le bureau, les yeux plissés, la bouche tordue, il sentit avec difficulté son souffle revenir par saccade. Il ne voulait pas céder. Pas plus. Pas encore. C’était hors de question. Les bracelets avaient heurté la table lorsqu’il posa sa main dessus avec précipitation, chat échaudé qui se jetait à l’eau, et il avait serré les lèvres alors que les couleurs revenaient sur son visage, alors qu’il relevait les yeux vers Nevaeh, alors qu’il le dévorait des yeux sans se lasser. Il y avait quelque chose qui collait trop bien entre eux. Quelque chose d’atroce. Quelque chose de déstabilisant. Quelque chose dont Kitten ne voulait pas. Il avait foudroyé Skyless du regard, avait tendu la jambe, appuyant son pied sur le ventre frémissant de l’anglais pour le tenir à distance, au loin, très loin, plus loin de lui encore. Il l’avait fixé sans un mot.

    On avait dit de Christopher qu’il était atroce. On lui avait dit qu’il était talentueux. On lui avait dit qu’il était moche, qu’il était haïssable ou baisable, étrange ou talentueux. On avait dit beaucoup de choses sur lui, trop, dans toutes les langues, dans tous les sens. On avait écrit en russe, en italien, en espagnol aussi parfois, on l’avait aimé comme on l’avait honni, on l’avait sanctifié comme on l’avait banni. Kitten avait un jour existé dans les yeux des autres, jusqu’au creux de leur langue, jusqu’au fond de leur gorge. Ce n’était plus le cas. Alors à chaque fois que la bouche de Nevaeh articulait son prénom, alors à chaque fois que ses yeux le cherchaient, alors à chaque fois que c’était vers lui que ses bras se tendaient, la vie semblait se remettre à couler comme un poison dans ses veines, irriguant chaque parcelle de son corps de langues de feu. Il ne l’admettrait pas, plutôt mourir que de l’admettre, même, jurait-il en son fort intérieur. Plutôt la mort que l’indignité. Plutôt crever que de rêver, s’euthanasier que de ramper. Plutôt. Ses yeux étaient brouillés par la fumée de la cigarette qu’il venait de s’allumer lorsqu’il baissa sa jambe pour se pencher vers l’homme, exhalant la nicotine en ombres grises juste sous son nez avec un sourire satisfait.

    « Tu es bien trop sûr de toi, Nevaeh. Un jour ça te tuera. Ça te rongera les os. Ça te laissera mort sur le carrelage froid. Ce jour-là ce sera sans doute qui rirait de toi. »

    Rebut d’une génération qui entrevoyait la fin avant d’espérer le début, les mains dans les poches et sourire d’accroche, c’était beau comme dans une pub, les phrases théâtrales placardées dans l’air sans affecter l’atmosphère. Ils étaient la fin de race d’une époque en pleine autodestruction, les enfants fragiles d’une génération qui regardaient ses descendants s’entretuer. Juché sur la pointe de ses pieds, il avait enroulé ses bras autour du cou de l’homme et, sans un mot, l’avait embrassé à son tour. Ce n’était pas plus un baiser-poison qu’un baiser-passion, pas plus tueur qu’aguicheur, pas plus tout que rien. Les doigts appuyés contre sa nuque, il contempla un instant le tatouage qui se terminait à la saignée de son coude avant de relever les yeux vers Nevaeh, un sourire moqueur aux lèvres alors qu’il pressait ses hanches maigres contre le bassin de l’autre. Provocateur élégant, il avait la délicatesse des angles durs, le rictus conquérant des victoires que l’on perd. À qui gagne, à qui se perd, à qui s’étouffe dans sa misère, jeux d’ego, pièces monochromes, c’est l’échec pervers des choix sur la grande table du hasard. Au casino des amours, mon amour, on perdra tout notre temps. Parce qu’on a pas d’argent. Évidemment. Ses dents s’étaient enfoncées dans les lèvres rouges de l’anglais alors que sa langue lapait la goutte de sang qui s’y était formée.

    « J’aimerais bien savoir à quoi on joue », il avait murmuré, les lèvres à la bordure des siennes. « J’aimerais bien savoir à quoi tu crois jouer, surtout, ce que tu penses faire, là, tout de suite, à quel jeu malsain tu penses qu’on se livre. ‘cause ya know there’s a m’ment where it’s time to stop. Nous ne sommes plus des enfants. »

    Bien sûr, qu’ils n’en étaient plus. Évidemment. En avaient-ils jamais été ? Kitten se souvenait des Ave Maria dans des églises sans nom, du prêtre qui bénissait ses fidèles, des chants qui se fracassaient sur les parois de pierre. Enfant de chœur, mon cul, gamins sans cœur, écorché vif dès la naissance, toujours au fond, toujours moqué. Pas une assez belle voix, pas assez de justesse. Et puis le premier piercing, et puis le premier tatouage, le gamin un peu trop sage qu’on embrasse derrière l’autel, l’excommunion, presque, le drame. C’était ça, l’enfance ? Christopher n’en savait rien. Il se contenta de bousculer Nevaeh en se dégageant, enfilant d’un geste leste son pull, recouvrant avec un sourire, les tatouages qui estampillaient son bassin et le creux de ses hanches. Le omega qui mordait son aine et la citation en français, si vraie, si juste, qui trembla à ses oreilles alors qu’il redressait ses yeux bleus sur le visage désirable de Nevaeh. On ne sait jamais pourquoi on meurt.

    Kitten ne le savait que trop bien.


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[Yaoi] We are mistaken. [Nevaeh]
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